Oloron Sainte-Marie, capitale du Haut-Béarn, est située au départ des vallées béarnaises en contact avec l'Aragon. Les échanges avec l’Espagne se sont intensifiés, suite à l’implication des vicomtes de Béarn dans la Reconquista. La participation de Gaston IV le Croisé aux côtés du roi d’Aragon, Alphonse le Batailleur, pour la prise de Saragosse a ainsi durablement consolidé les liens entre Haut-Béarn et Aragon.Un réseau religieux destiné à structurer les deux territoires est organisé. Ainsi, le monastère Sainte-Christine du Somport tient lieu de maison-mère aux relais jacquaires béarnais et aragonais alors que les cathédrales d'Oloron et de Jaca sont construites dans la même période.

En 1102, l’évêque d’Oloron Roger de Sentis et le Vicomte de Béarn Gaston IV le Batailleur se lancent dans la (re)construction d’une cathédrale dédiée à sainte Marie, qui s’inscrit dans la politique de Reconquista, dont l’argument principal est la dévotion à saint Jacques. La manne financière générée par la Reconquista permet ainsi d’envisager la construction d’un édifice marquant, destiné à accompagner la communauté chrétienne locale dans sa quête du banquet céleste.

La cathédrale se caractérise par une tour-porche abritant un portail sculpté roman. Elle possède une nef, deux collatéraux et deux chapelles latérales datant du XVIIe siècle au sud et au nord. Comme la cathédrale de Bayonne, l’édifice possède un chevet à déambulatoire, nécessaire à la vénération des reliques, couronné de cinq chapelles rayonnantes. L’une d’entre elles est dédiée à saint Grat, premier évêque d’Oloron, connu pour avoir assisté au Concile d’Agde en 506. Ce saint a fait l’objet d’un pèlerinage mais aussi d’une dévotion particulière, notamment à partir du XIVe siècle, lorsque sa fête est signalée le 19 octobre dans un bréviaire. Si aucun miracle n’est prêté à Grat, il est devenu, par tradition populaire, un saint protecteur. Selon la coutume, il serait mort lors d’une visite en Aragon, à Jaca. Sa dépouille fut placée sur le dos d’une mule aveugle qui la ramena à Oloron. Cette légende, rédigée par le curé de l’église à la fin du XIXe siècle, s’inspire des translations des reliques du saint qui ont été faites à la cathédrale de Jaca à l’occasion des guerres de Religion et de la Révolution française. Elle traduit la pérennité des liens, des communautés et des cheminements entre Haut-Béarn et Haut-Aragon au-delà du Moyen Age.

 

Si de nombreux détails décoratifs à l’intérieur de l’édifice en témoignent déjà, le portail constitue l’illustration la plus flagrante des échanges culturels liés aux chemins transpyrénéens. Réalisé par deux ateliers distincts intervenus à partir de 1120 puis de 1140, l’ensemble du portail est harmonieux. Le tympan relate une crucifixion traitée en méplat, les autres éléments ont été réalisés en ronde-bosse par le Maître d’Oloron dont on retrouve la production le long des chemins vers Compostelle à Lacommande, Sainte-Engrâce et Uncastillo. Présentant les 24 vieillards de l’Apocalypse et les préparatifs du Banquet Céleste, les deux voussures se terminent par deux groupes sculptés : un lion dévorant un homme et un cavalier foulant un personnage. Pour cette représentation plusieurs hypothèses sont avancées : s’agit-il de l’empereur Constantin, libérateur des Chrétiens d’Orient ? De Gaston IV le Croisé qui participa à la Reconquista et à la reprise de Jérusalem en 1099 ? La question se pose encore.

La construction de la cathédrale Sainte-Marie d’Oloron s’est ainsi faite dans un contexte géopolitique qui en fait un témoin, une illustration majeure des échanges artistiques et culturels pyrénéens entre la France et l’Espagne.

Adresse

Place Gaston IV

64400 OLORON SAINTE MARIE

Localisation

Galerie

    Ancienne cathédrale Sainte-Marie d'Oloron Ancienne cathédrale Sainte-Marie d'Oloron
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